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Fenua

Le fenua, plus qu'un morceau de terre

Fenua est un mot polynésien qui signifie "terre", "pays" ou "maison". C'est un concept très important dans la culture polynésienne, car il représente plus que simplement un morceau de terre. Fenua est le lien qui unit les Polynésiens à leurs ancêtres, à leurs traditions et à leur culture. C'est le lieu où ils sont nés, où ils ont grandi et où ils espèrent être enterrés.

L'enfance à Tahiti dans les années 60


L'enfance à Tahiti, acrylique sur toile, 50x65 cm, 2022.


Arrivé à Tahiti en 1964, à l’âge de 10 ans, je me souviens comme si c’était hier de l’enchantement du petit garçon que j’étais à sa nouvelle vie polynésienne. La maison de style local que mes parents avaient loué était en bord mer, à Paea, à 25 km de la ville. A l’époque, l’électricité n’arrivait pas jusque là. Nous nous éclairions donc avec des lampes à pétrole et le frigo était, lui aussi, à pétrole. Le toit de notre fare était en niau (palmes de cocotiers tressés), les murs en bambous et les fenêtres à auvent était en Pinex soutenues par un bâton. Nous n’avions bien sûr pas la télé et toute la vie se passait dehors. Mon jeu favori était de construire des petites pirogues à voile taillées dans une branche de purao et dont le gouvernail était un couvercle de boîte de conserve.
Pour notre premier Noël, mes parents nous avaient prévenu qu’ils n’avaient pas beaucoup d’argent et que les cadeaux ne seraient donc pas mirobolants. En ouvrant mon paquet, j’avais découvert une paire de palmes, un masque et un tuba. J’étais aux anges! Rien ne m’aurait fait plus plaisir. C’était le porte vers le royaume de l’exploration du lagon en face de chez nous. J’y passais le plus clair de mon temps libre. Mon père était de l’ancienne école, celle où on apprend la vie sur le tas en expérimentant, de sorte qu’il me laissait libre de nager pendant des heures, hors de vue et sans surveillance. C’était la liberté! Moi qui étais d'un naturel plutôt introverti, j’étais dans mon élément seul au milieu des coraux, des poissons et des coquillages. L’année suivante, je reçu un fusil harpon mais après avoir fléché mon premier poisson, je réalisai que le plaisir de la chasse ne valait pas l’émerveillement d’observer les poissons dans leur habitat et de les approcher en toute complicité et confiance. 
Au fil des années, la modernité nous a rattrapé mais ces souvenirs restent gravés à jamais dans ma mémoire. C’est l’esprit de cette Polynésie que j’essaie de faire passer dans mes dessins et peintures.

Philippe Meunier